A Monaco, le Pape dénonce « les abîmes entre pauvres et riches »

En terre monégasque le 28 mars pour une visite apostolique historique, le Pape Léon XIV a délivré des messages de justice sociale mais pas seulement.

 

Monaco n’avait jamais connu cela. Pour la première fois depuis près de 500 ans, un souverain pontife en exercice a foulé le sol de la Principauté. Le 28 mars, veille des Rameaux, le pape Léon XIV a effectué une visite apostolique inédite de 9 heures. Une séquence historique, déclenchée après l’invitation du Prince Albert II lors de son audience au Vatican en janvier.

« Entre 5 et 6 millions d'euros » de budget

Six semaines. C’est le temps qu’il aura fallu pour organiser la visite de l’un des hommes les plus protégés au monde et d’orchestrer un dispositif de sécurité XXL. Espaces maritime et aérien bouclés. Près de 1 600 personnes mobilisées, soit la quasi-totalité des forces de sécurité monégasques, renforcées par des unités françaises, des spécialistes du déminage et des équipes anti-drones, en coordination avec la gendarmerie vaticane et les Gardes suisses. Jusqu’à 2 500 gendarmes français prêts à intervenir en plan alternatif. À cela s’ajoutent 300 à 400 bénévoles, des dispositifs inspirés du mariage princier de 2011, de la visite d’État du Président Emmanuel Macron en 2025 ou du Grand Prix de Formule 1… L’arrivée du pape par hélicoptère puis sa circulation en papamobile dans les rues de la Principauté ont été effectuées sous haute surveillance. Le budget total pour la sécurité devrait être compris « entre 5 et 6 millions d'euros », selon le ministre d’État Christophe Mirmand.

Un message frontal sur l’argent

Lors de ses quatre discours prononcés en français, le pontife américain a délivré plusieurs messages.  Depuis le balcon du Palais princier, Léon XIV a directement interpellé un territoire synonyme de prospérité : « Les configurations injustes du pouvoir (…) creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés. » Le Saint Père, s'inscrivant dans la lignée de son prédécesseur François en matière de lutte contre les inégalités, et dans l'héritage de la doctrine sociale de l'Église édictée à la fin du XIXe siècle par Léon XIII, appelle à un changement de regard sur la richesse : « Chaque talent, chaque opportunité, chaque bien (…) a une destination universelle, un devoir intrinsèque de ne pas être retenu mais redistribué. » En s’adressant directement aux Monégasques et résidents de 150 nationalités, dont « beaucoup occupent des postes de grande influence dans les domaines économique et financier » : « Vivre ici est pour certains un privilège et pour chacun un appel spécifique à s’interroger sur sa propre place dans le monde. » Le message est clair : la richesse engage. Le pape a d’ailleurs confié à Monaco une « mission toute particulière » : devenir un laboratoire de la doctrine sociale de l’Église, capable de produire des « bonnes pratiques » à portée internationale. « Le don de la petitesse (...) engage votre richesse au service du droit et de la justice, surtout à un moment historique où la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance blessent le monde et compromettent la paix», insiste Léon XIV. Un message reçu par le prince Albert II: « Il y a un impératif de solidarité de la part de ceux qui ont le plus de moyens. » Reste à savoir comment Monaco assumera concrètement cette mission.

Écologie, paix et protection de la vie

Le discours ne se limite pas à l’économie. Sur l’écologie, le pape parle d’« écologie intégrale ». Une vision systémique, qui relie environnement, économie et justice sociale. Autre message : la réaffirmation de la position de l'Église catholique sur les questions de bioéthique - euthanasie et avortement. Le pape a ainsi salué le positionnement de Monaco à "toujours protéger avec amour chaque vie humaine, à tout moment et dans toutes les conditions, afin que personne ne soit jamais exclu de la table de la fraternité". Une référence notable au refus catégorique du Prince Albert II de légaliser l’IVG en Principauté, en dehors des cas de viol, de danger mortel pour la mère ou de malformation du fœtus. Le chef d’État monégasque rappelant quant à lui la tradition de "fidélité au pape" de Monaco, terre "baignée de valeurs chrétiennes".

Un message qui dépasse Monaco

Enfin, Léon XIV inscrit son discours dans un contexte mondial violent et ensanglanté. « La paix n’est pas un simple équilibre des forces », a-t-il rappelé lors de la messe au stade Louis II, devant 15 000 fidèles, dénonçant « la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance » ou encore « l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent ». À peine reparti, le pape prolonge ce message sur la scène internationale. Monaco n’était qu’une étape. Le lendemain, dimanche des rameaux, il envoyait un message à Donald Trump de la place Saint-Pierre. Sans nommer le président américain, le pape a dénoncé les dirigeants qui prient les mains « pleines de sang »…

 

Par Milena Radoman - Monaco Economie