Christophe Barraud décrypte pour le MEB les fractures de la croissance mondiale
Mardi 26 mai au restaurant Marius, le Monaco Economic Board (MEB) a organisé une nouvelle conférence de conjoncture économique mondiale de grande qualité avec le prévisionniste multirécompensé Christophe Barraud, Responsable de la Gestion Discrétionnaire et de la Recherche chez Lior Global Partners. Pour ce rendez-vous annuel très suivi par la place financière et les entrepreneurs de la Principauté, l'événement bénéficiait du précieux soutien d’EFG Bank Monaco.
Dans son mot d’accueil, Michel Dotta, Président du MEB, a notamment rappelé que Christophe Barraud a été classé à de très nombreuses reprises meilleur prévisionniste au monde par l'agence Bloomberg sur ses trois zones de prédilection (États-Unis, Eurozone et Chine) tandis que Matteo Mescolini, Directeur Général d’EFG Bank Monaco, a également pris la parole pour saluer l’expertise de l'intervenant et réaffirmer l'engagement de son institution auprès de la communauté des affaires de la Principauté.
En introduction, Christophe Barraud a brossé le portrait d’un monde caractérisé par une fragmentation de plus en plus évidente, tant au niveau des économies, des politiques monétaires que des trajectoires fiscales, combinée à de fortes incertitudes géopolitiques, politiques et climatiques. Ces facteurs pèsent mécaniquement sur l’activité mondiale. Les projections donnent une croissance mondiale qui devrait ralentir pour s'établir à 2,8 % en 2026 (contre 3,4 % l'année précédente), marquant ainsi son premier passage sous la barre des 3 % depuis la crise du Covid-19.
Christophe Barraud a détaillé ensuite ses prévisions pour les trois grandes puissances économiques mondiales qu’il étudie au quotidien, mettant en lumière des dynamiques profondément divergentes.
L’économiste a commencé par la Chine, une zone qu’il “affectionne particulièrement car les données sont difficiles à obtenir mais aussi parce que c’est là où se passe le plus de choses”. Après un premier trimestre affichant une croissance de 5 %, celle-ci repose sur des fondations fragiles (boom transitoire du secteur financier et production industrielle orientée vers l'exportation). La consommation intérieure chinoise s'essouffle en raison de la crise persistante du marché immobilier.
Pour pallier ce ralentissement et contrer les barrières commerciales occidentales, Pékin orchestre un pivot stratégique majeur dans le cadre de son plan quinquennal. Le gouvernement injecte des liquidités records (déficit combiné réel supérieur à 9 % du PIB) afin d'orienter son économie vers l'autosuffisance technologique et la haute valeur ajoutée (semi-conducteurs, intelligence artificielle, véhicules électriques). M. Barraud anticipe une croissance chinoise à 4,6 % pour 2026.
Malgré des incertitudes, l’économie américaine devrait de son côté éviter la récession en 2026 avec une croissance projetée à 2,2 %. Ce dynamisme est soutenu par plusieurs facteurs, tels que le stimulus fiscal massif initié par Donald Trump (One Big Beautiful Bill Act), la consommation des ménages les plus aisés, mais aussi la poursuite des investissements colossaux dans l’intelligence artificielle, qui représente un moteur de croissance crucial.
L’économiste tempère néanmoins ce tableau par l'existence d'une reprise en "K", c'est-à-dire avec des courbes divergentes. Tandis que les indices boursiers culminent, les ménages à bas revenus subissent un stress financier accru caractérisé notamment par une hausse des défauts de paiement sur les crédits à la consommation. L'inflation moyenne devrait atteindre 3,4 %, limitant les marges de manœuvre de la Réserve Fédérale pour une baisse des taux cette année.
L’Europe apparaît comme la zone souffrant le plus du contexte international. Touchée de plein fouet par la hausse des prix de l'énergie découlant des tensions au Moyen-Orient et par l'application des tarifs douaniers américains, l'Eurozone fait face à un risque de stagflation.
Cela se traduit par une contraction de l’activité, particulièrement dans les services et le secteur de l'hospitalité. De plus, le durcissement des conditions d'octroi de crédit par les banques pèse sur l'investissement des entreprises. Avec une inflation attendue en hausse à 3,1 % en 2026 (poussée par l'énergie) et une croissance atone révisée à 0,5 %, l’Europe reste exposée à un risque de récession technique.
A la suite de l’exposé, les questions de l’auditoire n’ont pas manqué, notamment sur la Chine, dont on parle moins dans les médias, mais qui a semblé intéresser particulièrement les plus de 90 décideurs présents. Ce qui préfigure une mission économique à succès étant donné que le MEB s’y rendra cet automne.
Enfin la soirée s’est conclue par un cocktail networking au cours duquel les participants ont eu le privilège d’échanger directement avec l’invité du jour, un expert à la technicité remarquable, capable de vulgariser la complexité du monde économique de façon tout aussi remarquable.
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Contact presse : Benoît Ulrich / Delphine Quilichini – presse@meb.mc
Crédits photo : Sébastien Darrasse / MEB