Club Eco Monaco : les enjeux de la sortie de la liste grise du GAFI expliqués
Vendredi 22 mai, une conférence du Club Eco Monaco, organisée conjointement par le MEB et le Groupe Nice-Matin, s’est penché avec pédagogie sur les actions mises en œuvre dans le cadre la mise en “surveillance renforcée” de la Principauté par le Groupe d'action financière (GAFI). Quels risques et quelles perspectives et opportunités cela implique-t-il ? Institutionnels et acteurs économiques ont répondu sans détours à cet enjeu stratégique.
Pour aborder un sujet aussi technique que décisif, un panel de haut niveau était réuni : M. Frédéric Cottalorda, Conseiller de Gouvernement-Ministre des Finances et de l’Économie ; M. Frédéric Chartier, Coordinateur exécutif du Comité de coordination et de suivi de la stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive et la corruption ; et M. Olivier Pagès, Directeur des opérations (COO) de CMB Monaco.
Après un mot d’introduction du Directeur Général Exécutif du MEB Guillaume Rose, Baptiste Bize, Directeur des rédactions du Groupe Nice-Matin a lancé la discussion à propos « d’un sujet sensible qui nourrit les fantasmes ».
Frédéric Chartier a rappelé les missions du Comité qu’il dirige, missions qui consistent à piloter, coordonner et évaluer le dispositif de conformité et de sécurité financière de la Principauté. Il a souligné que cette mission s’inscrivait dans le temps et ne se limitait pas au seul suivi de sortie de liste du GAFI. Cependant ce sont bien les relations avec les experts de Moneyval qui dominent actuellement et les efforts de la Principauté, qui finissent par payer : « Aujourd'hui, sur 40 critères de conformité technique, Monaco affiche une note de 39 sur 40. »
Des résultats positifs, qui ont demandé des améliorations de la méthodologie vis-à-vis de certains risques, mais aussi une augmentation des moyens humains et techniques ou encore une intensification de la coopération internationale contre le blanchiment. En tout une dizaine d’actions d’améliorations ont été programmées selon le calendrier du GAFI. Deux sont encore en cours de mise en œuvre, les sanctions administratives et les sanctions pénales, ces actions étant en quelque sorte consécutives au processus de mise en conformité.
Interrogé sur une future sortie de la liste grise, le Conseiller de Gouvernement-Ministre Frédéric Cottalorda a confirmé que la Principauté avait des résultats concrets à mettre en avant à propos des dernières actions. L’augmentation des condamnations et la communication faite à ce sujet en sont la preuve la plus tangible. Cet arsenal juridique est le fruit d’un travail législatif intense mené en étroite collaboration avec le Conseil National, ce qui a mis à disposition de tous les acteurs concernés un cadre pour agir.
Olivier Pagès a ainsi témoigné de l’effort fourni par le secteur bancaire, notamment dans l’amélioration de la qualité de déclaration de soupçon de blanchiment. Cela s’est traduit par des demandes de justifications supplémentaires, chronophages et pas toujours bien perçues par une clientèle habituée à une grande fluidité. Selon le banquier, cela a demandé une transformation profonde du secteur afin d’adapter les process. Des investissements humains et technologiques considérables ont été mis en œuvre pour s'aligner sur les standards européens. L’intelligence artificielle a été mise à contribution afin de répondre aux exigences d’un métier de flux et d’instantanéité même si au bout de la chaîne, il reste l’humain. Mais la conformité n’est pas que contrainte : « la mise à niveau nous a aussi permis de déceler des projets ou des besoins que nous n'aurions pas vus sans cela. »
Un optimisme pour l’avenir partagé par le Conseiller-Ministre qui voit dans cette évolution une opportunité de montrer que la Principauté a atteint un niveau d'exigence en matière de conformité et de transparence au meilleur niveau mondial, « c’est devenu un des points que les financiers et groupes internationaux prennent en considération pour investir dans un pays. (...) On va finalement pouvoir ajouter un atout supplémentaire à notre panoplie afin de mieux promouvoir la Principauté à l’extérieur. »