Coraliotech, la biotech qui monte…

01/01/2000

Incubé à MonacoTech, Coraliotech produit et commercialise des molécules issues des coraux et de leurs écosystèmes ayant de nombreuses vertus pour la peau (anti-oxydant, anti-âge, protection contre les toxiques environnementaux) ... Après la dermatologie, la startup vise le marché de la pharma. 

Les coraux ont un potentiel thérapeutique exceptionnel et Coraliotech compte bien l’exploiter. « Ils sont soumis à de nombreux et fréquents changements physiques (réchauffement des eaux, rayonnements solaires…), chimiques (pollutions, oxydations, salinité, pH…) ou mêmes biologiques (prédateurs, divers microbes, invasions algales…). Pour lutter contre l’ensemble de ces stress de diverses natures, ils ont su mettre en place tout un arsenal de molécules de défenses, de structure ou de régulation, qui leur permettent de résister aux différentes menaces et de continuer leur développement », explique le Fondateur de la startup monégasque, Rachid Benchaouir.

En 2015, ce chercheur en biologie médicale participe au séquençage génétique du corail rouge de Méditerranée au Centre scientifique de Monaco. La découverte d’une molécule pouvant contribuer à protéger la peau des rayons ultraviolets ou d'agents chimiques toxiques, et présentant des propriétés anti-vieillissement de la peau, le pousse logiquement vers l’entreprenariat.

Une base de données de 12 000 séquences génétiques exploitables

Incubée chez MonacoTech dès 2017, Coraliotech s’attaque au marché du bien-être et du soin et vise à terme celui de la pharma. Tests de toxicologie, fonctionnels, viraux, cliniques… Ces dernières années, Coraliotech, dont le CSM est actionnaire à environ 10%, a passé une batterie de tests (notamment pour vérifier si les molécules produites conservent bien toutes leurs fonctions lorsqu'elles sont mélangées dans une formule complexe). En utilisant une technologie de clonage qui permet de ne pas toucher aux écosystèmes vivants : à partir de l’ADN, Coraliotech produit dans des bioréacteurs des molécules identiques dans des conditions artificielles. La startup possède désormais un catalogue de 1 500 familles de molécules. « Parfois, il y a plusieurs séquences génétiques par famille et on se retrouve avec une base de données de près de 12 000 séquences exploitables de coraux, mangroves, macro-algues et micro-algues à la fois naturelles et symbiotiques (c'est-à-dire qui vivent dans les coraux) ! »

En pleine transition industrielle

Aujourd’hui, deux produits sont rentrés en commercialisation et quatre sont en prospection dans les domaines de l’anti-âge, de la protection cutanée de type dépigmentation, anti-rides, et protection solaire. Premier client : la marque cosmétique suisse Margy, implantée à Monaco. « On a levé de fonds pour pouvoir initier l'aménagement d’un laboratoire de 500 m2 à Fontvieille en septembre ou en octobre prochains, et passer de la R&D à la production au premier trimestre 2026 », se réjouit Rachid Benchaouir, en phase de transition industrielle. « On a aussi un contrat très important avec la société Grogenics, qui utilise les algues échouées, les sargasses, pour en faire du compost pour l'agroforesterie, et qui s'est rendue compte qu'elles étaient fortement contaminées par des métaux lourds. Cette société nous a mandatés pour trouver des enzymes qui permettent de séquestrer, en tout cas de diminuer drastiquement l'effet des métaux lourds », explique l’entrepreneur, qui compte passer d’un chiffre d’affaires annuel de 400 000 à 3 millions d'euros en 2026.

Un premier contact avec Emmanuel Macron

« Par produit, sur une année, on devrait produire une dizaine de kilos... Un kilo d'ingrédients Coraliotech est utilisé pour une tonne de produit cosmétique fini. C'est un actif très concentré », précise Rachid Benchaouir, qui a surfé sur le Blue Economy & Finance Forum et la visite d’Etat d’Emmanuel Macron pour lancer des pistes de développement intéressantes. « J'ai discuté avec le Président français d'implémenter la technologie inventée à Monaco localement. Ces laboratoires de culture, de séquençage pourraient ainsi faire travailler localement des chercheurs, des techniciens, et favoriser une redistribution éthique et égale des retombées de la recherche appliquée. » Des filiales de Coraliotech ou des partenariats ? La discussion est ouverte. « Les pays du Golfe affectés par le réchauffement climatique pourraient être des candidats potentiels » note Rachid Benchaouir, en pleine levée de fonds de 4,5 millions d’euros pour l’acquisition du laboratoire de production, le développement de nouvelles molécules et l’embauche de personnel.

Car pour Coraliotech, le gros challenge reste le démarrage de l'activité pharma. « Que ce soit dans le domaine de l’oncologie (anticancéreux), en microbiologie (antibactériens, antiviraux), en dermatologie (psoriasis, dermatites, urticaires), en ostéologie (régénération osseuse) ou dans le cadre de l’inflammation, les actifs coralliens sont susceptibles de couvrir un très grand nombre d’applications pharmacologiques. » En parallèle, Rachid Benchaouir poursuivra la recherche corallienne dans un nouveau laboratoire – situé au port de Fontvieille-  et nouera des partenariats avec des chercheurs du monde entier. 

 

Par Milena Radoman - Monaco Economie