Guillaume ROSE :« Le MEB est le bras armé de la Principauté dans le domaine économique »
Pour son Directeur Général Exécutif Guillaume Rose, le Monaco Economic Board est un acteur clé de la diplomatie économique de Monaco. De retour d’une mission XXL au Japon, il explique comme elle fonctionne concrètement.
Les dernières missions économiques du MEB étaient à Abu Dhabi et au Japon, en raison de l'exposition universelle à Osaka. Quels sont les critères de choix des destinations ?
Nos destinations sont choisies en fonction de l'actualité économique des pays dans lesquels nous nous trouvons. Au Japon, le gouvernement a déjà beaucoup investi dans le pavillon monégasque à Osaka, il est logique que l'on essaie de voir si l'on peut faire bénéficier de cette image les entreprises de la Principauté. Nous y avons noué des contacts intéressants, grâce à l’aide de la Chambre de commerce internationale française installée au Japon.
Il y a une grosse préparation en amont pour chaque mission ?
Pour chaque grosse mission, nous organisons une mission en éclaireur. En l'occurrence, Justin Highman s'est rendu à Tokyo et Osaka fin 2024. A partir de là, on a établi des liens que nous avons exploités depuis maintenant six mois sur une base hebdomadaire et dans les derniers mois, quotidienne.
Quel est votre meilleur souvenir de mission en termes de portée, d'impact économique ? Un gros contrat ou à l'inverse, des investisseurs rencontrés sur place qui sont venus s'installer à Monaco ?
Mon meilleur souvenir en termes de retombée économique, c'était à Riyad début 2024. Une entreprise spécialisée dans les achats, membre du MEB, a pu rencontrer des personnes extrêmement importantes grâce à nous. Elles ont continué ces relations au point, un an et demi après, de négocier d'énormes contrats en Arabie Saoudite.
Cette valeur ajoutée des missions est-elle mesurable et mesurée ?
Les sociétés en général préfèrent rester discrètes sur le volume d'affaires généré grâce aux missions du MEB. C’est pourquoi nous restons très discrets quant aux succès de nos clients… Mais cet impact est réel et mesurable.
La diplomatie économique poursuit généralement plusieurs objectifs comme soutenir les entreprises à exporter sur les marchés extérieurs et attirer des investissements étrangers créateurs d’emplois. A Monaco, le MEB est un outil clé?
Le MEB est littéralement le bras armé de la Principauté de Monaco dans le domaine économique. Nous sommes une association d'entreprises, reconnue comme un interlocuteur valable. De plus en plus, la diplomatie est économique. On est représenté par 129 consuls dans le monde, c’est un atout pour des deals gagnants-gagnants. C'est pour ça que nous rencontrons systématiquement chaque ambassadeur, afin de pouvoir leur proposer des accords, des missions économiques, des webinaires, ce qu'on appelle les mébinaires, permettant d'expliquer la situation particulière du pays représenté. Nous venons justement d'en réaliser un avec le Kazakhstan au mois de juin. Par ailleurs, quand nous savons que nous allons rencontrer un ambassadeur en accréditation, nous demandons en amont à certains de nos membres, à partir de notre base de données, s'ils ont des messages à faire passer, ou si certaines entreprises ou certaines associations d'entreprises qui sont affiliées, comme le club d'entrepreneurs monégasque en Afrique (CEMA), souhaitent le rencontrer. Généralement, l'ambassadeur vient accompagné d'un conseiller économique. Et nous avons des échanges sur les possibilités offertes par les économies sectorielles de chaque pays.
Selon les derniers chiffres de l’IMSEE, la croissance est positive. En tant qu’observateur, comment voyez-vous l'économie monégasque en ce moment ?Au premier trimestre 2025, le chiffre d’affaires monégasque, hors Activités financières et d’assurance, franchit pour la première fois le seuil des 5 Md€ après une progression de plus de 560 M€, soit une croissance de 12,3 %. Dans le secteur immobilier, par exemple, il y a déjà eu en un trimestre autant de ventes que sur une année normale ! Le nombre de créations d'entreprises est en forte augmentation. Cette croissance est portée notamment par les secteurs de la tech et les startups. D’ailleurs, le MEB est en train de changer de face et d’accueillir de jeunes entrepreneurs dynamiques.
Vous n’avez pas senti d'effet « liste grise du GAFI » et de la réplique de l'Union Européenne qui se profile ?
Une chose est certaine. Monaco doit inspirer ses interlocuteurs pour son honnêteté, sa probité, sa sécurité. Ce maintien sur liste grise, s'il devait se prolonger, commencerait à handicaper les acteurs de la place. Pas tellement en raison des formalités difficiles que doivent entreprendre tous les opérateurs financiers de la Principauté. Mais surtout parce qu'un long maintien liste grise pourrait entamer la confiance des clients. Il convient donc d'en sortir au plus tôt au début de l'année 2026.
Les acteurs économiques sont inquiets ?
On ne peut pas dire le contraire. Ils n'ont pas aimé cette dernière mauvaise nouvelle... Jusqu'ici, il y avait une grande confiance. Et là, les clients commencent à se poser des questions. Il est temps de réagir aussi vite que possible. Ne transiger sur rien pour pouvoir sortir au plus vite.
Pour les acteurs économiques, c'est très compliqué maintenant que ce soit au niveau des banques, des papiers à apporter, pour montrer pas de blanche…
C'est compliqué parce que d'un côté, il faut sortir au plus vite de la liste grise, mais de l'autre, les mesures de précaution ralentissent peut-être aussi les acteurs économiques.
A la fois, nous ne devons pas étouffer notre économie. En même temps, nous devons être très strict sur les normes exigées. Après une petite période de panique au début, le Gouvernement a pris conscience que leurs délais étaient, jusqu’alors, plutôt négatif pour notre économie. Donc, le Gouvernement travaille là-dessus au quotidien.
Comment réagissent les entreprises monégasques à la hausse des taxes douanières de 10%, infligée par Donald Trump? Quel est l’impact ?
Moins de 5% des biens exportés par la Principauté le sont vers les États-Unis. Les taxes douanières inquiètent certaines sociétés qui travaillent avec les États-Unis de manière marginale. Mais jusqu'ici, l'impact a été extrêmement limité sur Monaco. Et au plus fort, il ne pourrait concerner que 5 à 7% des exportations.
Le vrai problème réside beaucoup plus dans le conflit israélo-iranien qui paralyse les pays du Golfe et qui pourrait être une poudrière. Certaines entreprises de Monaco exportent vers l'Afrique et vers les pays du Golfe. Les secteurs les plus concernés sont le trading, l’import-export de matières premières. Il peut y avoir un vrai impact. Cela inquiète les entrepreneurs de la place.
Avez-vous connaissance que certains résidents et/ou entrepreneurs quittent Monaco pour Dubaï, sorti de la liste européenne des pays à risque ?
C'est une réalité, Dubaï est un vrai concurrent pour nous, aussi bien en termes économiques qu'en termes d'installation. Mais ce qui handicape Dubaï aujourd'hui, c'est d’être situé très près des conflits. Cette situation géographique fait que les gens y regardent à deux fois avant de s’y installer, ça peut être un atout pour Monaco. Nous sommes dans la liste grise au mauvais moment.
Comment attirer les grosses fortunes?
Le MEB est le moteur principal de l'attractivité monégasque en termes de création d'entreprise et de tout ce qui est business. Nous avons inventé avec le Monaco Private Label, la SBM et l’AMAF, les opérations attractivité à l’étranger. Nous invitons les prescripteurs (conseillers juridiques, fiscaux, banques, family offices) des personnes riches – soit plus de 100 millions d'euros en banque -, les plus susceptibles de s'installer à Monaco. Suite à ces réunions ciblées, leurs clients, titulaires des cartes Monaco Private Label, sont invités à venir assister à des événements exceptionnels, comme par exemple un opéra à Covent Garden à Londres ou des dîners très haut de gamme.
Ces grosses fortunes n'ont pas besoin ni du Monaco Private Label, ni du MEB pour faire ce genre de soirées exclusives ?
Les gens n'en ont pas besoin, mais en revanche, l'image de Monaco joue à fond. Les trois leviers du succès de Monaco sont la santé, la sécurité et l’éducation, qui font rêver tout le monde. La garantie de sérieux de la principauté de Monaco attire de nouveaux membres recrutés via les réseaux consulaires, qui sont très bien implantés dans leurs pays respectifs. Avec l'aide de ces réseaux, ce que fait l'Attractivité, c'est à dire aujourd'hui MEB, MPL, AMAF et SBM, c'est d'aiguiller les bonnes personnes vers notre Principauté pour qu'ils y trouvent les trois vertus que j'ai citées. Pour cela il faut impérativement à Monaco de la stabilité et de la transparence.
Par Milena Radoman - Monaco Economie
