Jean-Christophe Caffet expose l’apparent calme dans la tempête
Mardi 10 février au Novotel Monte-Carlo, en partenariat avec Gramaglia et Banque Populaire Méditerranée, le Monaco Economic Board recevait l’économiste en chef de Coface Jean-Christophe Caffet, en avant-première célèbre du Colloque Risque Coface de Paris. L’occasion d’une présentation macroéconomique complète et passionnante. Malgré les bouleversements géopolitiques, les tendances économiques restent relativement stables.
En introduction, Jean-Christophe Caffet a dressé un état des lieux de l’économie mondiale dans un contexte qu’il a décrit comme « calme pendant la tempête ». Un paradoxe sur lequel la visibilité n’est pas claire : “Je ne peux pas encore vous dire si on a évité les tempêtes ou si on est dans l’œil du cyclone”. Façon de souligner que l’environnement économique reste caractérisé par un niveau d’incertitude exceptionnel, où la seule certitude demeure la possibilité de nouvelles surprises.
Ancien de Total Energies, l’économiste a évidemment développé son point de vue sur la transition énergétique. Si l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 apparaît plus que difficile à atteindre, “même à horizon 2100, ça ne me paraît pas complètement gagné” précise-t-il, la transformation se poursuit et continue d’influencer durablement les politiques économiques et industrielles. Pour l’Europe et la Chine, déficitaires en ressources hydrocarbures, il en va de leur indépendance stratégique. Et les énergéticiens répondent présent car contrairement à une idée reçue, l’électricité verte est moins chère à produire.
La politique commerciale américaine a également été analysée, notamment les effets des mesures protectionnistes. Celles-ci restent peu efficaces, dans la mesure où leur coût réel pèse majoritairement sur les entreprises et les consommateurs américains, même si certains exportateurs étrangers ont accepté de réduire leurs marges.
Dans un contexte de découplage croissant entre les États-Unis et la Chine, l’Europe va être confrontée à un afflux de produits chinois en raison d’une surcapacité qui n’a cessé de progresser, faisant peser un risque supplémentaire sur son tissu industriel.
Les évolutions de l’inflation diffèrent fortement selon les régions. Aux États-Unis, elle devrait rester au-dessus des objectifs des autorités monétaires jusqu’à fin 2026, tandis qu’en Europe, les pressions inflationnistes se sont nettement atténuées. Cependant, “au cours des dix-huit derniers mois il y a eu soixante baisses de taux des banques centrales des pays développés, le cycle d'assouplissement arrive à son terme”.
Léger ralentissement de la croissance mondiale
Le scénario central présenté anticipe un léger ralentissement de la croissance mondiale à 2,6% en 2026 (-0,2%), baisse notamment due à la Chine. Les risques sur cette croissance sont évidemment baissiers, “si vous identifiez des risques géopolitiques haussiers de toute nature, faites-moi signe, moi je n’en ai pas trouvé” s’amuse le conférencier. Cette fragilité se traduit déjà par une hausse marquée des défaillances d’entreprises dans de nombreuses économies.
La conférence, qui s’est déroulée devant une centaine de dirigeants monégasques, s’est conclue par un riche échange de questions réponses. L’occasion pour Jean-Christophe Caffet de développer la situation particulière de certains pays et de pointer le risque d’éclatement de la bulle de l’intelligence artificielle, un éclatement qui pourrait toucher en particulier les pure players qui ont multiplié les applications utilisant l’intelligence artificielle, mais cela est une autre histoire.